Les risques politiques prennent les devants

Au premier abord, la zone euro est en train de réaliser ce qui est déjà en place depuis un certain temps : croître à un rythme modéré.

Mardi 19 avril 2016 —

Eurozone Economic Update - Q2 2016

Au premier abord, la zone euro est en train de réaliser ce qui est déjà en place depuis un certain temps : croître à un rythme modéré. La faiblesse de l’euro, la faiblesse des prix énergétiques, les résultats des réformes structurelles dans les pays périphériques et la faiblesse des taux d’intérêt sont au cœur de la reprise en zone euro. Malgré le contexte favorable à la croissance économique, la reprise reste faible et a donc justifié le renforcement de la politique monétaire expansionniste de la BCE en mars.

L’économie de la zone euro poursuit peu à peu sa reprise économique grâce à une forte demande intérieure même si certains indicateurs projettent déjà un adoucissement du rythme de croissance. Parmi les explications les plus probables, on retrouve le ralentissement observé dans les pays émergents mais aussi le manque de réformes structurelles en France ou en Italie par exemple.

En plus de cela, des risques politiques viennent s’ajouter aux difficultés économiques. Le référendum en Grande-Bretagne, l’absence d’un gouvernement en Espagne ou la montée dans les sondages du parti anti-européen « Alternative für Deutschland » constituent autant de menaces pour la reprise économique encore fragile en zone euro. N’oublions pas en outre la crise grecque qui reste loin d’être résolue sachant qu’un allègement de la dette publique reviendra dans les discussions entre le gouvernement grec, ses partenaires européens et le FMI. Ces développements récents et changements dans le monde politique européen mettent à mal les initiatives en faveur d’une intégration plus marquée en zone euro et par conséquent pèsent sur le climat d’investissement

On peut toutefois compter sur la BCE pour garder un environnement de taux faibles au moins pendant les deux prochaines années (malgré les critiques d’Allemagne), ce qui reste favorable à l’activité économique. Le nouveau package de mesures monétaires est désormais opérationnel : le taux de facilité des dépôts est de -0,4% et la taille des achats mensuels d’actifs est passée à 80 milliards d’euros. Dans l’attente des premiers résultats de ces nouvelles mesures, un renforcement de l’assouplissement quantitatif de la BCE n’est pas encore attendu et le concept d’ « helicopter money » semble destiné à rester cantonné aux débats académiques pour l’instant.

En Allemagne, malgré une année agitée par la crise grecque, le ralentissement de l’économie chinoise et l’afflux de migrants, l’économie s’est révélée solide avec une croissance du PIB de 0,3% en glissement trimestriel lors du 4ème trimestre 2015. Le début de cette année 2016, devrait prolonger cette tendance sur base d’une forte demande intérieure et d’un marché du travail florissant. Ce scénario reste toutefois imprégné d’incertitudes à la fois économiques et politiques. Premièrement les commandes industrielles et importations ne présagent rien de bon et l’industrie allemande devrait connaitre une année 2016 morose. Deuxièmement, les développements politiques inquiètent, tant au niveau du gain de popularité du parti anti-européen AfD que du manque de nouvelles réformes structurelles.

En France, la proposition de réforme du marché du travail visant à le flexibiliser est pour ainsi dire tombée à l’eau. Cette dernière était devenue l’espoir du gouvernement socialiste de réussir enfin à dynamiser l’économie française mais était aussi devenue le symbole de la déception de la population face à son gouvernement. Avec ce blocage politique il est difficile d’imaginer un changement majeur au niveau de la politique économique mais aussi au niveau du niveau de croissance économique

En 2015, l’Italie s’est montrée en perte de vitesse et ni la pression de la Commission Européenne par rapport au déficit public, ni les déboires du secteur financiers ne risquent de redynamiser l’activité économique en 2016. Comme dans la plupart des pays de la zone euro, c’est la demande intérieure qui maintient le rythme modéré de la reprise économique et de la création d’emploi.

L’Espagne poursuit sur sa lancée encourageante soutenue par un taux de chômage en baisse et un pouvoir d’achat grandissant mais aussi par les mesures prises par la BCE. Le danger provient des développements politiques puisque la paralysie est maintenue et sans doute de nouvelles élections seront organisées le 26 juin. Même si l’économie s’est montrée résistante à l’incertitude politique, l’impact sur la confiance du consommateur et sur les flux de capitaux pourrait malgré tout entamer la croissance en 2016.

Les Pays-Bas maintiennent un taux de croissance du PIB satisfaisant (2% en 2015) même si des inquiétudes quant au ralentissement global et au rendement des pensions écornent la confiance du consommateur. Le référendum sur le traité Ukraine-UE s’est soldé par un refus sur fond de montée du sentiment anti-européen.

La Belgique devrait poursuivre lentement sa reprise économique, notamment grâce à ses consommateurs dopés par une création d’emplois dynamique. Le rebond d’inflation qui fait passé la Belgique bien au-dessus de la moyenne européenne est expliqué par un changement de taxation au niveau de l’électricité et des facteurs saisonniers.

Veuillez trouver ici le lien vers l'étude complète (en anglais)


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