Les exportations belges sous pression : baisse de la compétitivité et menace des droits de douane américains
Bruxelles - À une époque de tensions géopolitiques et d'incertitudes économiques croissantes, le commerce mondial subit d'importantes transformations. Les pays luttent contre les effets des barrières commerciales, des sanctions et des changements d'alliances. La Belgique, dont l'économie très ouverte a perdu en compétitivité au cours de la dernière décennie, est particulièrement vulnérable à cette nouvelle dynamique mondiale. En outre, les secteurs à forte valeur ajoutée nationale sont plus exposés au marché américain. L'introduction éventuelle de droits de douane par les États-Unis vis-à-vis de l'Union européenne pourrait réduire le PIB de 0,11 % à court terme pour un droit de douane de 10 % et de 0,26 % pour un droit de douane de 25 %. Il ne s'agit que de l'impact direct via la réduction des exportations. L'effet indirect sur la confiance et les marchés financiers pourrait rendre l'impact négatif sur le PIB encore plus important.
L'ouverture de l'économie belge a toujours été importante, mais la part des exportations belges dans les exportations européennes a diminué au cours de la dernière décennie, avec une baisse particulièrement marquée au cours des deux dernières années. Au cours de la dernière décennie, la croissance des volumes exportés par la Belgique a été inférieure à la tendance observée dans l'UE. Par ailleurs, malgré une augmentation des volumes d'exportations, tirée par les produits pharmaceutiques (vaccins) et les combustibles minéraux (pétrole et gaz) pendant la pandémie et les crises énergétiques de 2021 et 2022, l'après-crise a été difficile, les volumes d'exportations retombant brusquement à leurs niveaux d’avant pandémie.
« La perte de compétitivité de la Belgique semble être la principale explication de la baisse des parts de marché à l'exportation. En effet, depuis la crise financière, les coûts nominaux de la main-d'œuvre par unité et par heure travaillée n'ont augmenté plus fortement qu'en Allemagne. De plus, nos prix de l'électricité ont augmenté relativement fortement et nos entreprises n'ont pas pu réduire leur dépendance énergétique autant que leurs homologues des pays voisins », explique Ruben Dewitte, économiste chez ING Belgique.
Graphique : Le déclin de la part de marché à l'exportation de la Belgique est dû à la composition sectorielle et à une perte de compétitivité.

Les secteurs à forte valeur ajoutée nationale sont plus exposés au marché américain
Le déclin de la compétitivité de la Belgique coïncide avec une pression croissante sur les relations commerciales, en particulier avec les États-Unis. Les États-Unis sont le quatrième marché à l’exportation de la Belgique, avec une valeur d'exportations de 28,03 milliards d'euros en 2023, soit 7,6 % du total des exportations. En outre, l'importance relative des États-Unis en tant que marché à l’exportation s'est encore accrue au cours des cinq dernières années.
Toutefois, la forte intégration de la Belgique dans les chaînes de valeur mondiales signifie que les exportations belges ne sont pas entièrement produites sur le territoire national : les exportations vers les États-Unis d'un produit belge se composent généralement de 44 % de valeur ajoutée nationale et de 55 % de valeur ajoutée étrangère. Pour 1%, ce n'est pas clair.
« Les secteurs tels que les produits chimiques et pharmaceutiques, qui sont particulièrement exposés au marché américain, tout comme les produits alimentaires et les boissons, ont généralement une valeur ajoutée intérieure plus élevée que les secteurs qui dépendent fortement des matières premières étrangères, comme les métaux de base et les produits pétroliers, ou qui font partie de chaînes de valeur réparties sur plusieurs pays, comme le secteur automobile", commente Ruben Dewitte.
Ces chaînes de valeur mondiales signifient également que les exportations belges sont indirectement exposées aux États-Unis par l'intermédiaire d'autres pays. Prenons l'exemple d'une pièce automobile produite en Belgique, installée sur une voiture en Allemagne, avant de traverser l'Atlantique.
In fine, l'exposition directe de la Belgique aux États-Unis est d'environ 0,9 % du PIB, mais par le biais des exportations de l'UE vers les États-Unis, ce chiffre atteint 1,54 %. Si Trump devait introduire des droits de douane contre le monde entier, l'exposition totale de la Belgique aux États-Unis serait d'environ 2,1 % du PIB.
Des droits de douane américains de 10% ont un impact négatif à court terme sur le PIB belge d'au moins 0,11 %, tandis que l’impact direct est d'au moins 0,26% pour des droits de douane de 25 %.
Cela ne signifie pas que 2,1 % du PIB seront perdus lorsque Trump imposera des droits de douane à l'UE. Dans un premier temps, les droits de douane ont un impact sur les flux commerciaux directs. À court terme, c'est-à-dire sur une période de 1 à 2 ans, lorsque la production peut difficilement s'adapter ou que d'autres voies commerciales n'ont pas le temps de se développer, un droit de douane de 10 % ou de 25 % entraînera une baisse des exportations belges de 7,6 % et de 19 %, respectivement.
« Pour l'UE, une hausse des droits de douane à 25 % pourrait entraîner une baisse directe de 0,33 % du PIB à court terme. Il s'agit là de l'impact direct immédiat des droits de douane, mais l'effet négatif sur le PIB pourrait être encore plus important à court terme en raison d'effets indirects, tels qu'une perte de confiance et un impact négatif sur les marchés financiers. Si l’on tient compte des effets indirects, l’impact total pourrait presque doubler dans le pire des cas », conclut Ruben Dewitte.
Si les droits de douane restaient en place pendant une période plus longue, l'impact serait encore plus important. La baisse des exportations entre la Belgique et les États-Unis pourrait atteindre 19 % avec des droits de douane de 10 % et 45 % avec des droits de douane de 25 %. L'impact direct (sans tenir compte des effets indirects) sur le PIB belge augmenterait également et pourrait atteindre 0,69 % à des droits de douane de 25 %.
Figure : L'impact direct des droits de douane américains sur le PIB (%) de la Belgique et de l'UE

Note : L'impact direct exclut d'autres effets, tels que l'effet multiplicateur sur le PIB à travers d'autres secteurs de l'économie, l'impact sur la confiance ou sur les marchés financiers.
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Fin du communiqué de presse
Renaud Dechamps
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